Il est bien connu que le
siamois est une langue très difficile à prononcer pour les étrangers, notamment
pour nous autres Français, qui ne sommes pas habitués à pratiquer les langues
tonales. Perso au départ, moi une langue
qui ne possède ni conjugaison, ni déclinaison, ni article, vu l'etat de mes
neurones, ça m’allait bien… mais n’ayant malheureusement pas l’oreille
musicale, comme on dit, j’ai du rapidement déchanter (oui je sais, elle est
facile…) et renoncer à mes prétentions d’apprendre seul le thaï...
A l’attention de ceux qui
continueraient toutefois à garder leurs illusions ou qui, à la veille d’une
expatriation n’ont pas encore mesure l’ampleur du défi, je vous propose de
décrypter quelques lieux communs relatifs à ce langage mystérieux qu’est le siamois…
lieux communs qu’on trouve dans tous les bons ouvrages traitant de la
Thaïlande… y compris même le livre de chevet de la plupart des expatriés
érudits, j’ai nommé l’incontournable guide Michelin…
Premier lieu
commun : « La langue thaïe est une langue à tons ».
Décryptage : en clair cela signifie
que si aviez des velléités d’apprendre le thaï, croyez-moi, mon sentiment est
que vous aurez plus vite fait d’apprendre à votre copine à parler français…
parce qu’avec cinq tons différents pour chaque syllabe, autant vous dire que
vous n’êtes pas sortis de la guest house si vous voulez vous faire comprendre
dans la rue…
Essayer de prononcer des mots en thaï avec la bonne
accentuation, c’est comme se taper les montagnes russes dans un parc
d’attraction… Sur un mot ça monte, sur un autre ça descend… parfois ça monte et
ça descend… ou ça descend et ça monte dans le même mot… Vous je ne sais
pas, mais moi ça me donne vite le vertige… surtout passé une certaine heure...
Essayons quand même de préciser un peu ce que veut
dire langue tonale… en restant sur un registre résolument pédagogique, puisque
enseigner comme chacun sait, c’est partir du connu et se mettre à la portée de
tout un chacun…
Pour le ton moyen,
cela reste encore abordable pour un farang car il suffit de causer « à peu
près » normalement… autrement dit pas comme vous le faites pour commander
à boire une binouze dans un beuglant le jour de la fête de la bière… mais
plutôt à la manière dont vous vous adressez aux représentants de l’Etat
thaïlandais lorsque vous demandez votre extension de visa… On s’est compris… Un détail quand meme… à la
différence de l’immigration, pas besoin de sourire stupidement pendant toute la
durée de l’entretien… ni de ponctuer votre propos par des rafales de wai...
Pour le ton descendant, je dirais que ça
correspond à peu près au style de tonalité qui sort de votre baladeur lorsque
les piles commencent à faiblir… Pour être même plus concret, disons que c’est ce style de
voix que vous avez lorsque vous sonnez à la porte de chez vous à cinq plombes
du matin, en revenant du « théâtre »… en un mot après avoir trainé là
où il ne fallait pas… et que vous demandez poliment à votre moitié (celle qui
est restée à la maison… pas celle qui vit sur un tabouret…) qu’elle vous ouvre
vu que vous ne trouvez plus ni les clés, ni même la serrure…
Pour adopter le ton bas, celui de la voix grave,
là il vous suffit de vous mettre dans la peau d’un mec qui aurait laissé sa
paire de « joyeuses » sur la pelouse d’un stade de rugby après une
mêlée qui aurait mal tournée… ou d’un castrat vénitien, au choix… Oui je sais,
l’opéra ce n’est pas votre truc et vous préférez les sports virils… ou du moins
qui l’ont été jusqu’à cette fameuse mêlée… Enfin, vous m’avez compris…
Pour le ton montant, là c’est super facile à
mémoriser, vu que c’est celui qu’adopte votre girl friend lorsqu’elle vous
demande à qui appartient ce numéro de portable qui n’est pas le sien et qui
déclenche une voix féminine quand on le compose… Là, pas la peine d’insister,
je vois que ça vous rappelle des souvenirs…
Pour le ton haut, enfin, celui de la voix aiguë,
là c’est encore plus facile que pour le ton montant, vu que c’est la séquence
suivante… juste avant que votre moitié (celle de la maison ou celle du
tabouret, peu importe, elles crient toutes de la même façon…) ne se dirige vers
la cuisine pour prendre dans le tiroir le hachoir à viande qui va vous
condamner définitivement aux tons bas si vous ne taillez pas la route dans les
plus brefs délais…
Deuxième lieu commun : « La langue thaïe
comprend deux alphabets ».
Décryptage : comme si avec nos 26 lettres
ce n’était pas déjà suffisant… Au bout du compte ça donne quelque chose comme
44 consonnes et 22 voyelles… soit pas loin de 70 sons différents… Jamais l’expression « Si la parole est d’argent…
le silence est d’or » n’a été aussi fondée qu’en Thaïlande… du moins pour
un farang.
Quand à l’écriture, alors là, ce n’est même pas la
peine d’essayer de la reproduire… Surtout si vous vous trimbalez avec des
double, voire des triple foyers façon cul de bouteille parce qu’alors là vous
avez toutes les chances d’écrire une lettre à la place d’une autre… sans parler
qu’il faut avoir fait les beaux arts tellement c’est biscornu à dessiner…
Le mieux, en matière d’écriture, c’est encore de faire
comme pour les gosses : vous faire marquer sur un papier que vous porterez
dans un étui accroché au coup, votre adresse (en cas de perte dans la rue) et
sur un papier les deux ou trois phrases essentielles à votre survie… plus votre
code de carte bancaire au cas où vous ayez à faire face à une urgence…
Lire, écrire, parler le
thaï... une question de tons mais aussi de temps en somme.
Maintenant, si vraiment
vous n’êtes pas convaincu par mon propos… et que vous persistez à essayer
d’apprendre le thaï, il vous reste encore la possibilité de vous tourner vers
cette méthode « révolutionnaire » qu’est la "Méthode de thaï
pour francophones", proposée par deux spécialistes de la langue
thaïlandaise, Olivier Flament et Jules Germanos, qui, si on se fie à ce qui était écrit dans "le petit journal", ont travaillé
pendant deux ans et demi sur ce projet... Si
je cite le nom de ces auteurs ce n'est pas par dérision (une fois n'est pas
coutume...) mais parce que moi aussi je vais me fendre de quelques dizaines d'euros
pour acquérir cette méthode miracle. Espérons qu'au terme de ces dix leçons vous et moi
serons en mesure de nous débrouiller partout en ville, de jour comme de nuit,
au restaurant comme à l'hôpital disent-ils... Tiens, tiens, le restaurant et
l'hôpital... ils sont fichtrement futés ces deux là, ils ont bien identifié les
lieux de prédilection de leur clientèle potentielle...
Terminons quand même ce billet un brin pessimiste… par
une dernière recommandation… Si vous finissez par arriver au terme des dix leçons
proposées par les auteurs, et que désormais vous savez dire « Qui
vend des oeufs de poules » (sous-titrage réel de la méthode), restez
quand même modestes et surtout … prudent… Et
oui, il se pourrait qu’en dépit de tous vos efforts et d’une bonne volonté
incontestable de votre part, vous vous preniez quand même un jour une main dans
la figure, tout ça parce que ce que ce que vous pensiez être un compliment a
été transformé par votre prononciation en grossièreté…
En quelque sorte, une façon bien siamoise de vous
dire : « Parlez moi sur un autre ton je vous prie… ! ».

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