jeudi 21 janvier 2021

A la recherche de l’âme soeur en Asie… Connais toi, toi-même ! (1ere partie)

 


« Divorcés, veufs, célibataires endurcis mais un brin fatigués du célibat… secouez-vous et prenez donc un vol pour l’Asie afin de sortir de votre solitude ! »… Tel pourrait être le slogan d’une agence matrimoniale ou d’un site de rencontre pourvoyeur de compagnes ou d’épouses pour tous ceux qui sont en quête de l’âme sœur. Bien entendu, pour suivre cette recommandation encore faudrait il que les aéroports de l’Asie puissent enfin s’ouvrir… mais ne doutons pas que cela finisse par se produire un jour et que cette pandémie de la COVID prenne fin…


Maintenant, il est certain que si vous êtes réfractaire au charme des yeux bridés et à la vie en Asie, si vous n’êtes pas touché par ce « mal jaune » auquel faisait allusion Jean Lartéguy dans un de ces romans que je lisais pendant mon adolescence, cette série de billets n’est bien évidemment pas faite pour vous... Le mieux que nous ayons à vous recommander dans ce cas c’est donc de continuer à méditer solitairement… sur votre solitude… quelque part du coté de Romorantin ou de Garges-lès-Gonesses… Après tout, des tas de gens vivent très heureux comme cela et sont parfaitement équilibrés, illustrant ainsi la chanson de Gilbert Bécaud, « La solitude ça n’existe pas… ».

Telle n’est toutefois pas mon approche de la vie cependant et c’est pour cela que j’ai un jour embarqué pour cet Orient souvent « compliqué »… et parfois même certains jours, un brin « extrême »……

Pour en revenir au sujet de cet article, voyant l’intérêt généralement suscité par le thème des rencontres féminines en Asie, j’ai donc eu l’idée de rédiger une série de billets un peu plus sérieux que d’habitude afin de m’exprimer sur un thème qui je n’en doute pas, en interpellera plus d’un... Bien évidemment il se trouvera encore des lecteurs pour dire que j’enfonce des porte ouvertes, que j’écris des banalités et des évidences sans nom car tout cela ils le savent déjà, que je généralise à l’excès… sauf que si je me fie au nombre de gens qui se sont fait « couillonner » ou ont échoué dans cette recherche de l’âme sœur par delà les frontières, je me dis qu’il y a encore beaucoup à faire en la matière…

Désolé mesdames, mais au risque d’être accusé de sexisme, ce billet s’adressera surtout aux hommes… encore que je connaisse des Occidentales qui ont-elles aussi franchi le pas et sont venues convoler ou vivre avec des partenaires asiatiques. Si vous voulez nous faire part de vos suggestions ou observations pour compléter mon article, elles seront donc les bienvenues…

Avec le recul que me procurent une dizaine d’années de vie de couple avec une femme asiatique… précédées tout de même de pas mal de « péripéties » antérieures vécues sous diverses latitudes du fait de mon précèdent métier… et ce que j’ai pu observer autour de moi en Thaïlande dans mon entourage relationnel... je vais donc vous livrer ici quelques réflexions qui bien entendu n’engagent que moi et que chacun pourra commenter à sa guise…


Mon premier billet sera consacré à illustrer une citation chère à Socrate, même si elle n’est pas de lui, à savoir « Connais toi, toi même… ». En effet, inutile de vous lancer dans la recherche d’une partenaire asiatique si vous n’avez pas commencé par dresser un point de situation, plus que sérieux, vous concernant… Dans le cas inverse, croyez moi, c’est l’échec quasi assuré et beaucoup de désillusions. Si on dit souvent pour savoir  on va, encore faut il savoir d’où l'on vient… il faut aussi savoir qui on est et ce que l’on recherche…

Après cette première étape, j’aborderai la question du comment trouver cette âme sœur à travers un billet que j’intitulerai « L’improbable rencontre »… J’y passerai en revue quelques une des principales façons de rencontrer une personne inconnue vivant à des milliers de kilomètres, sachant que cette liste n’est bien entendu pas exhaustive et que mon propos à relativiser reposera sur les enseignements que j’ai retiré de ce ce que j'ai appelé ma phase de « prospection »…

Cet article sera suivi d’un troisième volet dont l’objet sera de préciser le point de vue de la partie, non pas adverse j’espère, mais conjointe, et dont le libellé sera « Et elle qu’attend t-elle ? ». Cet article sera rédigé en développant un certain nombre de points déjà abordés dans un précèdent article rédigé avec le concours de mon épouse, du moins sur le plan des idées, car question maîtrise de la langue française elle est encore loin, très loin… du niveau B1 du FLE…

Je terminerai enfin cette série de billets sérieux en abordant le thème de « La vie à deux dans un couple multiculturel », sujet particulièrement complexe en raison des différences existant entre les deux conjoints, différences encore accentuées par la problématique de l’expatriation et de l’éloignement géographique pour au moins un des deux, mais aussi du fait que chaque personne a sa propre personnalité et son propre vécu. Il ne s’agira donc pas, j’insiste sur ce point, de développer des stéréotypes mais de donner des points de référence, qu’il appartiendra à chacun de faire ou pas siens, en fonction de sa propre situation et de ses propres attentes…

 

Et puisqu’il faut commencer et bien débutons par cette petite introspection sans prétention ni exhaustivité, histoire de vous positionner correctement sur le « marché de la rencontre » en évitant le plus possible les erreurs de casting comme on dit…

Le premier point important avant toute recherche de partenaire en Asie c’est d’être bien conscient de son propre âge car c’est là une donnée à ne pas négliger... et pourtant combien ont tendance à le faire…

Le problème et partant la solution à lui apporter, ne seront en effet pas identiques suivant que vous êtes un jeune diplômé fraîchement émoulu d’une école de commerce et débutant une carrière en expatriation… ou un retraité en situation de célibat ou de post-divorce, venu réchauffer ses vieux os au soleil des tropiques… Pour le jeune plein d’avenir qui débarque en Asie il ne devrait pas y avoir trop de soucis pour rencontrer quelqu’un de même niveau social, intellectuel… et d’un âge voisin du sien que ce soit dans le travail ou dans le réseau relationnel lors des sorties. Je dirai simplement qu’il convient toutefois dans ce type de situation de rester prudent car à vingt cinq ans on n’a pas nécessairement ni le même recul sur la vie que quelqu’un de plus âgé, ni la même expérience des relations féminines, en particulier de la psychologie des partenaires qu’on va rencontrer… L’euphorie de la découverte d’un nouvel environnement géographique et humain, l’attrait nouveau d’un certain charme exotique… sans oublier le déficit affectif découlant de l’éloignement de l’entourage familial et des amis de France, font en effet qu’à cet âge là on est souvent sentimentalement « fragilisé » et qu’on a vite fait de s’attacher…

Pour quelqu’un de plus âgé et dont le cuir a été tanné par les péripéties de la vie, le principal problème sera surtout de ne pas céder de façon exagérée à la tentation de l’esthétique et de la jeunesse… En règle générale, tout célibataire qui débarque en Asie recherche une compagne plus jeune, sachant toutefois que jusqu'à un certain âge, cette dernière fera généralement dix ans de moins que son âge réel. Au risque d’irriter certains lecteurs et en demandant par avance pardon à mes amis mariés a des femmes parfois beaucoup plus jeunes qu’eux et qui sont pleinement heureux,  je vous confierai que j’ai pour habitude de dire de façon humoristique que jusqu'à dix ans d’écart c’est de la gourmandise, entre dix ans et vingt ans c’est de la gloutonnerie et qu’au delà de vingt ans on flirte avec la goinfrerie pour ne pas dire dans certains cas l’inconscience... Pourquoi une telle appréciation aussi dure de ma part même si c’est là bien évidemment un trait d’humour ? Et bien tout simplement parce que j’estime, mais ce n’est que mon point de vue personnel, d’une part que la différence d’age induit des besoins et des possibilités physiques différentes entre les deux conjoints, que la perception des choses de la vie n’est pas la même au sein du couple, que les aspirations à un style de vie donnée peuvent différer considérablement… d’autre part, que cela va entraîner lors du « grand départ », le notre bien évidemment, pas mal de difficultés pour le conjoint survivant. Malheureusement tout le monde n’anticipe pas suffisamment sur ce sujet… D’aucuns me rétorqueront que l’on ne sait pas qui des deux partira le premier et c’est exact, mais si on raisonne en termes statistiques, prendre un conjoint de vingt ans plus jeune revient à accepter le fait qu’il va devoir se débrouiller seul ou presque pendant un quart de siècle… Pour rester sur une note positive tout de même et me faire pardonner par mes camarades, je renvoie à cette citation d’un vieux philosophe de comptoir installé au pays du sourire qui disait sur un forum « Ce qu’il y a de bien en Thaïlande, c’est que la femme avec laquelle je finirai ma vie n’est pas encore née… » . A méditer…

Au delà de ce que je viens d’écrire, il faut aussi se rappeler que la jeunesse en soi n’est pas tout et elle s’accompagne souvent de certaines attentes psychologiques qu’on ne saurait décevoir… sauf à être parfois le dernier des « salauds ». Quand on se marie avec quelqu’un de beaucoup plus jeune qui nous apporte sa fraîcheur et nous permet parfois de reprendre goût à la vie, j’estime qu’il est exclu de lui demander de renoncer au besoin le plus légitime qui soit pour une femme, à savoir le besoin de maternité. Si l’on se sent la disponibilité d’esprit, les ressources physiques… et la capacité financière nécessaires pour assumer pas seulement la venue d’un enfant mais aussi et surtout la gestion de son éducation, de son adolescence et des premières années de sa vie d’adulte… pas de souci, en avant ! Mais pour devenir père à l’âge  certains sont grand père, il ne faut pas perdre de vue qu’il faut avoir la santé, beaucoup de patience, accepter l’idée du retour aux couches, aux nuits écourtées et aux biberons… ce qui revient à tirer un trait sur certaines choses qui font le plaisir de la vie une fois arrivé à un certain moment de l’existence comme par exemple les voyages... A chacun toutefois de se positionner par rapport à tout ceci, sachant que même si on retarde l’échéance, il faudra un jour ou l’autre traiter le problème si la future épouse ou compagne n’a encore jamais eu d’enfant…


A suivre...


mercredi 20 janvier 2021

Le mythe de la « poupée asiatique » : entre fantasmes et réalité…


 


Se marier avec un étranger a ceci de bien que cela oblige à devenir particulièrement attentive aux clichés culturels dont on vous affuble avec votre conjoint dans vos nouveaux pays d’accueil respectifs... En tant que « femme asiatique », si tant est qu’on puisse parler de « femme asiatique » en raison de l’extrême diversité du continent et du caractère pluriel des femmes qui y vivent, j’ai ainsi constaté à de multiples reprises que je me trouvais au cœur d’un certain nombre de préjugés et de stéréotypes souvent agaçants… Irritée par certains propos entendus autour de moi dans les soirées ou les dîners, propos souvent accompagnés d’œillades plus ou moins discrètes dont le sens général est « Elle fait bien jeune… Mais où se sont-il rencontrés… », j’ai donc décidé d’écrire avec l’aide de mon mari un article rectificatif destiné à mettre en garde contre ces clichés. Pour me limiter aux plus courants de ces derniers, il semblerait que la « femme asiatique » soit généralement perçue tout à la fois comme un être docile et soumis à son époux, une miniature de luxe sophistiquée et hautaine, une briseuse de ménage, une créature vénale prête à se vendre au plus offrant quel que soit son physique et son age et pour parachever ce portrait peu flatteur, comme le pion avancé d’une inévitable famille nombreuse que tout époux occidental digne de ce nom se doit de secourir et d’assister… Mais qu’en est il au juste à propos de ces idées reçues ?

 

Sommes nous toutes réellement des « êtres dociles et soumis » à nos époux ?

Penser cela c’est méconnaître singulièrement l’histoire de notre civilisation… Quelle que soit notre nationalité, nous vivons depuis des générations dans un univers patriarcal où depuis près de quatre mille ans, pour vivre, voire simplement survivre, il nous a fallu apprendre à privilégier la diplomatie et la douceur par rapport à la force… Le souvenir de nos grand-mères, coréennes transformées en « femmes de confort » pendant la guerre, ou chinoises dont les pieds étaient mutilés au nom de critères esthétiques, est encore très vivace dans nos mémoires. Pour celles qui échappaient à l’infanticide, le mariage signifiait en outre le passage du joug d’un père ayant droit de vie et de mort sur elles à la férule d’une belle-mère dont elles deviendraient l’esclave… En Asie, bien souvent sous la docilité féminine se dissimule en fait un être ayant appris à jouer au mieux de ses intérêts d’un rapport permanent du faible au fort, rapport né dans les rizières et qui se perpétue aujourd’hui dans les usines, les comités de direction ou les salons commerciaux… S’il n’exclut pas le respect légitime dû au père ou à l’époux, accepté souvent plus âgé dans un but sécuritaire, ce pragmatisme souriant et onctueux qui nous anime fait de nous « une main de fer dans un gant de velours »…

 

Sommes nous vraiment des « poupées de luxe sophistiquées et hautaines » ?

Désolée de décevoir les nostalgiques de l’époque des concessions et du Bund de Shanghai mais contrairement à Maggie Cheung, l’héroïne du film « In the mood for love », nous ne passons pas nos journées en Cheongsam fendu, juchées sur des tabourets et nous n’avons pas toutes hélas la beauté naturelle et la classe d’une Shu Qi ou d’une Zhang Ziyi… Même si notre morphologie de « petit gabarit » et notre exotisme peuvent parfois donner à penser à tort que le temps n’a pas de prise sur nous, sans pour autant aller nécessairement jusqu’aux extrémités chirurgicales des vedettes siliconées de la K-pop coréenne, comme toutes les femmes nous sommes contraintes à quelques efforts de relooking… En fait, si nous sommes autant attentives à notre allure physique et vestimentaire, c’est que quel que soit notre pays nous appartenons toutes à une société où les apparences et l’image sont essentielles. Plus que partout ailleurs, c’est en effet par le regard des autres que nous nous positionnons sur l’échelle sociale et honorons en retour par la face, nos familles pour l’éducation reçue, nos époux pour les conditions de vie qu’ils nous procurent…. La couleur blanche de notre peau, le port de vêtements élégants et l’utilisation de produits de marque (ou de leurs copies) ne sont donc nullement une attitude de snobisme ou de fierté exacerbée, mais la manifestation de l’identité sociale que nous revendiquons tant au travail que dans notre vie de couple. Ces symboles de luxe dont nous sommes si friandes, ces cadeaux que nous affichons souvent avec ostentation, notamment sur les réseaux sociaux, ne sont donc que le témoignage public de la place que nous occupons et de l’affection qu’on nous porte.

 

Sommes nous toutes des « briseuses de ménage » ?

Je comprends bien qu’avec la jeune et souriante maid philipinne employée à la maison ou la diplômée shanghaienne affectée comme assistante de leur mari, court vêtue et sexy en diable sur ses interminables escarpins, beaucoup de femmes d’expatriés puissent hésiter en période de vacances à revenir en France avec les enfants en laissant « monsieur » tout seul pendant deux mois… mais n’exagérons tout de même pas… Dites vous que même les « Sarong party girls » singapouriennes, pourtant fortement redoutées dans la « ville du lion », préfèrent traquer le fringant « golden boy » célibataire, plutôt que le « quadra » bedonnant chargé de famille… En fait, plutôt que de nous incriminer systématiquement en cas de « catastrophe conjugale », beaucoup de femmes occidentales feraient donc mieux souvent de se poser la question de la solidité de leur couple avant le départ en expatriation…

 

Sommes nous toutes réellement des « créatures intrigantes et vénales » ?

Même si en Asie le mariage a encore une finalité sociale très forte, les mariages d’amour progressent incontestablement par rapport aux mariages arrangés ou fondés sur des critères financiers, gage de sécurité… Il suffit d’ailleurs de regarder (au second degré) la place occupée par les intrigues amoureuses dans les innombrables séries télévisées pour s’en convaincre… Si vous aimez la lecture, oubliez donc le personnage de Maï, cette taxi girl chinoise, héroïne machiavélique du « Grand monde » de Guy des Cars qui aurait aussi pu inspirer Lucien Bodard… Si vous êtes un cinéphile averti, n’imaginez pas que votre interprète chinoise, mère célibataire ou divorcée, est nécessairement la réincarnation de Suzi Wong, cette entraîneuse un brin affabulatrice du Hong Kong des années cinquante… Enfin, si vous n’êtes qu’un noctambule effréné, abandonnez un peu les reportages télé à sensation de Bernard de la Villardière et les romans de Michel Houellebecq qui pourraient donner à penser qu’en dehors des quartiers chauds, nos villes asiatiques n’offrent aucun intérêt et que toute femme aux yeux bridés est une « fille facile » prête à se vendre au plus offrant...

 

Sommes nous toutes inévitablement la « représentante d’une multitude familiale » ?

Reste enfin le mythe de la famille chinoise « élargie »… Force est de constater que bien qu’en évolution, le fonctionnement de nos sociétés est encore largement communautariste ce qui nous soumet nous autres femmes à une pression morale que nous ne pouvons ignorer. Sachez qu’une vision trop nucléaire de la famille et le rejet de ces liens de solidarité nés du sang nous exposent à une accusation infamante d’égoïsme et d’irrespect vis à vis des anciens, des proches… S’il convient de relativiser l’importance de la contribution financière imposée par ces liens familiaux, il n’en reste pas moins que dans un couple multiculturel nos époux doivent comprendre cette obligation morale de soutien qui est la notre et dont nous ne pouvons nous affranchir sous peine de perdre la face et de la faire perdre à nos parents directs… Bien comprendre cela est d’ailleurs sans doute l’une des clés essentielles de réussite d’un mariage entre une Asiatique et un « long nez »…


Pour conclure, je dirai qu’il est donc grand temps de nuancer les idées reçues concernant les « femmes asiatiques » et les mises en garde proférées à leur égard… Ces préjugés et ces stéréotypes véhiculés par la littérature, le cinéma, la télévision, voire une observation superficielle de la société locale, s’avèrent en effet parfois très lourds à porter. Outre le fait qu’ils faussent le jugement des personnes que nous rencontrons, exacerbent les susceptibilités et génèrent des tensions inutiles, ils peuvent en effet à la longue perturber profondément autant l’équilibre conjugal d’un couple multiculturel que son intégration dans la société occidentale locale...


Nota : cet article écrit à quatre mains avec mon épouse a déjà été publié sur le site du cabinet de consultants en management interculturel " Regards interculturels " :  

https://regards-interculturels.fr/2017/10/le-mythe-de-la-poupee-asiatique/

mardi 19 janvier 2021

La femme " aux colonies "… d’hier à aujourd’hui.

 


 

La vie des femmes dans ce qui était autrefois les « colonies » est un thème rarement abordé par l’historien ou le sociologue, alors même qu’il est loin d’être sans intérêt. Quelle que soit l’époque, dans un univers toujours dépaysant et parfois hostile, la femme occidentale partant sous les tropiques a été contrainte de s’adapter pour faire face aux aléas de la vie et parfois même… de lutter contre des rivales exotiques dont l’attrait sur les Occidentaux fut et reste encore indéniable…



De la femme « coloniale »...

Autrefois la « femme aux colonies » était épouse de planteur, de négociant, d’administrateur, de militaire… accompagnant son mari vers des horizons, certes exotiques mais souvent malsains, remplis d’imprévus en tous genres et de risques. Pour celles qui allaient vivre en ville, que ce soit à Dakar, à Hanoï, à Nouméa… les difficultés du séjour résidaient surtout dans le fait de devoir évoluer dans un univers clos ressemblant à une prison dorée, de lutter contre l’ennui en attendant le bal annuel du gouverneur et de résister aux inévitables cancans typiques des villes de garnison. Elles découvraient ainsi, pour reprendre les mots du général Némo, que « vivre outre-mer c’est vivre dans une maison de verre ». Pour celles qui partaient « en brousse », il fallait désormais apprendre à vivre dans la rusticité, la solitude, parfois le danger et subir même l’humiliation comme ce fut le cas pour beaucoup d’entre-elles le 9 mars 1945 en Indochine. Pour aider ces femmes à affronter cette vie difficile, Clotilde Chivas-Baron publia en 1929 un manuel d’initiation à la vie coloniale, très instructif, qui s’intitule « La femme aux colonies ». En dépit des recommandations formulées par cette écrivaine bien au fait de la vie « à la colonie », le quotidien ne fut pas toujours facile tant pour les intéressées… que pour leurs maris. Comme nous l’a rappelé Jacques Frémeaux dans « L’Afrique à l’ombre des épées », l’image de la femme sous les tropiques n’était pas toujours élogieuse puisqu’il se disait qu’une femme d’officier colonial « invaliderait de 80 % la valeur de son mari », qu’à quelques exceptions près, « le soleil les rendrait folles, faisant d’elles des dévergondées ou des neurasthéniques » voire même que « la jeune femme d’officier serait une des plaies de l’armée coloniale, l’autre étant l’alcool »… En dépit de cela, la littérature et le cinéma perpétuent cependant le souvenir de femmes courageuses et entreprenantes se dévouant au service des autres et des indigènes, comme par exemple cette femme-planteur hors du commun qu’était madame de la Souchère.


… à la femme « expatriée »…

Cette femme « coloniale » que je viens d’évoquer a aujourd’hui disparu. Elle a désormais cédé la place à celle qu’il convient d’appeler une expatriée et qui tout comme autrefois, soit accompagne son époux, soit de plus en plus choisi d’elle-même de troquer un avenir incertain en France pour partir en célibataire rechercher du travail à l’étranger. Tout comme la femme de colonial du siècle précédent, même si le confort est souvent au rendez-vous dans les grandes villes, sa vie n’est pas pour autant toujours facile et enrichissante. Il semblerait bien qu’en dépit d’internet, de la télé par satellite, des rémunérations confortables, beaucoup connaissent à leur façon nombre de problèmes de leurs aînées… Ainsi, aujourd’hui comme hier, pour celles qui « suivent », il faut apprendre à s’approprier le séjour, à fréquenter un milieu relationnel qu’elles n’ont pas choisi, à résoudre les petits soucis d’approvisionnement, à découvrir une langue et un environnement nouveaux, à vivre souvent en parallèle d’un conjoint submergé de travail… et surtout à faire face à l’inévitable choc culturel... Les échecs coûteux de bien des expatriations professionnelles, parfois suivis même de divorces, sont très souvent à mettre au compte de l’inadaptation d’un conjoint désœuvré ou en perte de repères, à un mode de vie par trop atypique. Faute à la fois d’une aptitude suffisante au départ et d’une bonne préparation intellectuelle, matérielle et surtout psychologique, le séjour peut ainsi parfois se transformer en drame humain et familial. Aujourd’hui plus qu’hier encore, l’expatriation constitue le révélateur de la solidité d’un couple, surtout quand on sait que ce nouveau cadre de vie dissimule bien des tentations…

 

… sans oublier l’omniprésente « rivale exotique ».

Parler de la femme « aux colonies » implique en effet d’évoquer aussi celles qui apportaient jadis aux coloniaux célibataires l’indispensable réconfort, autant affectif que physique, pour faire face à l’éloignement et à l’isolement, parfois au stress des combats… mais qui perturbaient aussi la stabilité conjugale des mariés. Conscient du caractère sensible et inévitable de ces rapprochements et reprenant à son tour sans trop y croire les propos du colonel Le Camus, figure de la coloniale du début du XX° siècle, le colonel Ferrandi, mettait d’ailleurs en garde les jeunes officiers dans son livre « L’officier colonial » en écrivant à leur attention : « Il y a quatre choses dont il faut se méfier en Afrique : l’eau, le soleil, les moustiques et les femmes ». Pour autant, du capitaine Massu en poste dans le Tibesti au Tchad au lieutenant Salan détaché au Laos, sans oublier le capitaine Broche affecté à Tahiti… nombreux sont ceux qui négligeant ces recommandations ont découvert un pays inconnu, un mode de vie original, une culture nouvelle… en grande partie grâce à ces compagnes exotiques qu’ils avaient prises pour la durée du séjour, compagnes ensuite léguées à leur successeur. Ces unions restaient généralement sans lendemain, car même s’il y avait parfois l’arrivée d’un enfant comme ce fut le cas pour le général Salan, un mariage civil n’intervenait que très rarement du fait de la pression sociale et des différences culturelles jugées alors insurmontables… Aujourd’hui, tout comme à l’époque des Lartéguy et des Bodard, ainsi que le montre Frédéric Amat dans son livre « La drôle de vie des expatriés français au Cambodge », la fascination de la « femme exotique » reste forte chez beaucoup de ceux qui ont décidé de partir « voir au-delà de l’horizon ». Même si les « congaï » vietnamiennes sont désormais remplacées par les « maids » philippines, voire les « bars girls » cambodgiennes ou thaïlandaises, et si les « taxi-girls » chinoises hautaines d’autrefois ont cédé la place aux « sarong party girls » singapouriennes, les unes et les autres évoluant aux deux extrémités de l’échelle sociale, l’Asie illustre à cet égard particulièrement bien la pérennité du mythe de la femme exotique.



A une époque où ce ne sont plus les amibes ou les épidémies qu’elle doit redouter, mais bien plutôt les effets du démon de midi, le devenir d’une Européenne sous les tropiques reste donc parfois aussi incertain que celui de ses aînées…



Illustration :  @ 


dimanche 10 janvier 2021

Le sport en Thaïlande : allons plutôt courir sur la plage...

  







Phuket… avec ses cocotiers et ses plages dorées… comme dans la chanson… Pourrait-on rêver d’un cadre plus agréable que le bord de mer de Phuket pour courir ?…

 

Phuket, le bonheur absolu pour faire du sport… Oui, enfin sur les catalogues et dans les clips vidéo… parce que dans la réalité, ce serait plutôt l’enfer du joggeur… Non pas à cause des voitures, des camions... et de tout ce qui pourrait vous expédier dare dare à l’hôpital ou au frigo après vous être passé sur le corps… Pour tout dire, il y a là autant de véhicules fous qu’ailleurs… exception faite de ce bled de l’Issan, oublié même des "Phi", où je vous avais proposé précédemment d’aller vous dépenser…

Non, si je parle d’enfer du joggeur, c’est parce que celui qui a l’intention de se livrer à ce sport à Phuket a intérêt à avoir un moral à toute épreuve, vu la pression psychologique qu’il va subir de la part de l’environnement dans lequel il va se plonger… Commençons donc par le début…

Le premier point important pour aller faire un jogging sur cette île… qui n’en n’est pas réellement une comme chacun sait, quelque part du côté de Rawai beach par exemple, c’est de bien choisir l’heure à laquelle on veut courir…

Un conseil d’ami : si vous faites partie de ces « vieux de la vieille » (qui ont tendance à l’oublier un peu…) venus un jour se poser dans le secteur, surtout évitez soigneusement le petit matin et le crépuscule ! Pourquoi me direz-vous, puisque c’est à ce moment qu’il fait le plus frais ?... Certes, certes il fait frais… mais ça peut aussi devenir très chaud pour vous car c’est aussi à ce moment là que vous risquez de croiser de possibles copains que vous connaissez et qui ne manqueront pas de se fendre la poire en vous voyant affublé de votre short et de votre débardeur… Le crépuscule et le petit matin sont en effet les deux moments clé ou tous vos potes sont dans la rue… on pourrait même dire les seuls moments… vu que le reste du temps soit ils font la bamboula (la nuit) soit ils cuvent et ils roupillent (le jour)…

Le crépuscule, étant comme chacun sait l’heure où les « grands fauves » vont boire et partent chasser… ne soyez donc pas surpris de voir tous vos potes de comptoir, juchés sur leur scooter, lunettes noires sur les yeux, commencer à sortir de toutes les soï environnantes au fur et à mesure que le soleil baisse, un peu dans le style « début de journée d’un vampire », pour se diriger vers un de ces points « d’eau » que d’aucun(es) appellent des lieux de perdition (tout de suite les grands mots…) que vous fréquentiez aussi… souvenez-vous… il y a peu… Ne niez donc pas… D’aucuns disent même que vous en étiez le « poteau mitan » comme on dirait aux Antilles… et si vous ne vous étiez pas fait prendre un jour dans un « chalut » il est probable que vous y seriez encore…

Et oui, comme dirait l’autre, ce n’est pas parce que la mariée est aujourd’hui en blanc… qu’elle n’a pas bien vécu avant… n’est ce pas ?

Enfin, si malgré tout vous persistez à vous entraîner dans ce créneau horaire, vu votre carnet d’adresse et votre background, vous avez intérêt à vous équiper d’une paire de lunettes noires pour passer inaperçu, de rentrer le ventre, de poser une casquette sur votre calvitie bien affirmée… en un mot de raser les murs… ce qui vous permettra accessoirement de courir à l’ombre…

Quand à l’idée de partir dérouler au petit matin, laissez moi vous dire que ce n’est pas mieux vu que tous ceux qui se sont un peu « attardés » rentrent avec leurs « achats » de la veille en travers de la selle du scooter, « achats » qui je tiens à le préciser à l’attention des néophytes non pas été réalisés dans une épicerie locale, un seven – eleven, mais plutôt dans un autre type de commerce ouvert tard la nuit que je baptiserai par analogie de… eleven (pm) – seven (am)… les initiés me comprendront… Bien sûr, si vos potes sont suffisamment fumés pour ne pas vous reconnaître ça ira… mais ça, ce n’est pas certain…

Quoi qu’il en soit, si toutefois vous êtes parvenu à éviter de croiser des visages connus (on peut toujours rêver..), sachez que vous vous engagez à présent  dans un parcours qui va réellement se transformer en chemin de croix… et où votre moral sera mis à rude épreuve…

Le premier coup au moral que vous risquez de recevoir pendant votre jogging, c’est lorsqu’au moment précis où vous commencez à en baver comme une bête sur cette route écrasée par la canicule, vous entendez dans votre dos résonner une sorte de  cli-clap régulier qui va crescendo… bruit caractéristique d’une savate asiatique en train de claquer sur l’asphalte… En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, vous sentez… non pas un souffle chaud dans la nuque, je vous rassure… mais un regard narquois se poser sur vous au moment où un nain en tongs usagées vous dépasse allègrement dans la montée où vous êtes en train de cracher vos poumons... Aussi confortablement équipé avec cette paire de savates de compétition sans doute élaborée par Ho Chi Minh, que vous avec vos pompes à coussins d’air incorporés, le mec en question vous lance un « Hello farang ! » accompagné d’un sourire thaï (version Yim yo, signifiant « t’es nul vieux débris et je me fiche bien de ta gueule ») … avant de disparaître au loin dans la brume de chaleur…

Bien entendu, ce n’est pas l’envie qui vous manque de lui dire à cet ahuri ce que vous en pensez de son « Hello farang ! » mais même en situation d’apoplexie, vous gardez suffisamment de lucidité pour vous souvenir que cette zone est truffée d’écoles de Muai thaï, autrement dit de boxe thaïlandaise… et qu’il y a 99,99 % de chances que ce mec soit un stagiaire à l’entraînement, essayant de perdre les quelques grammes nécessaires à sa classification pour le prochain match… Comme un vulgaire coquillage à marée basse, vous la moulez et vous continuez votre chemin de croix tout en perdant autant de sueur qu’un camion thaïlandais rafistolé par un garagiste de brousse perd d’huile sur un chemin défoncé du lointain Issan.

Si vous pensez que vos malheurs vont se limiter à cette humiliation, vous vous trompez… Quand on a pris le calice en main, il faut le boire jusqu’au bout… autrement dit jusqu’à la lie… Je traduis à l’attention de tous ceux qui résident depuis très, très… trop longtemps sur Phuket et qui ne sont pas abonnés à « Témoignage chrétien » : quand on a une Sing dans la pogne, on se la tape jusqu’à la mousse !…

En effet, c’est précisément au moment où vous êtes en train de commencer à oublier ce gamin insolent qu’intervient le second coup du sort.

Précisons avant d’aller plus loin pour ceux qui ne le sauraient pas encore, que ce coin de route de Phuket sur lequel vous avez décidé de vous entraîner est bordé d’au moins autant de bars de nuit, (ouverts aussi de jour vu qu’on y pratique parfois les trois huit…) qu’il y a de platanes sur les bas côtés d’une nationale de France… Comment dans ces conditions, s’étonner qu’à un moment donné ne jaillisse d’une paillote devant laquelle vous passez, l’inévitable « Hello handsome man ! »... On a beau être un vieux routier de la nuit comme vous, le premier réflexe est de lever les yeux de l’asphalte brûlant pour regarder d’où vient la voix qui vous interpelle avec autant d’acuité et de… discernement… Bien évidemment, cette séquence intervient au moment précis où votre vitesse de progression commençait à s’apparenter à celle de la tectonique des plaques… Avouez quand même que pour résister à la tentation de quitter ce qui est devenu une nouvelle colline du Golgotha, il faudrait avoir une force de caractère de titan…

Bien que je m’en lave les mains, car ce n’est pas mon affaire, permettez moi à ce stade de l’épreuve, car c’en est une, de repréciser les données du problème ou plutôt du dilemme pour vous aider à prendre votre décision :

- soit vous continuez à « courir » et vous finirez inévitablement en vous desséchant au soleil sur cette route comme un vieux chameau sur les pistes de Tamanrasset : c’est sûr que vous aurez perdu des calories mais pas que ça…

- soit vous répondez à l’appel qui vous a été lancé et vous rejoignez l’ombre rafraîchissante de la paillote où déjà deux ou trois gogo girls juchées sur leurs tabourets ont commencé à s’agiter à votre vue comme des perroquets sur leur perchoir…

Ne soyons pas obtus quand même… et faisons preuve d’un minimum d’ouverture d’esprit… Une solution intermédiaire pourrait certes être envisageable, une sorte de compromis… Vous pourriez, par exemple, vous contenter de ne faire qu’une halte technique dans ce havre de paix et de fraîcheur et reprendre votre périple après une ou deux bières glacées dégustées en charmante compagnie…

Le seul problème, et tous ceux qui sont un jour entrés dans un de ces débits de boisson, ne serait ce que pour y boire une limonade, ne me contrediront pas… c’est que si l’on sait quand on y entre… on ne sait jamais quand on va en sortir… et dans quel état… J’en connais un comme ça dans le muban où je vis, qui parti un matin pour dérouler quelques kilomètres n’est revenu que... le lendemain aux aurores après un arrêt qui ne devait durer au départ que le temps de descendre une mousse ou deux… Je sais que c’était aux aurores qu’il est rentré parce que quand j’ai entendu gueuler sa femme pour lui souhaiter la bonne arrivée, le jour se levait à peine… Et oui, on part pour un jogging et c’est le début des emmerdes…

Vues les conséquences graves de la décision à laquelle vous êtes confronté, je ne peux me permettre de décider à votre place… En plus comme je ne tiens pas à me retrouver impliqué moi aussi dans le coup de vent qui accompagnera « le retour du mari prodigue » au bercail je préfère vous abandonner à votre libre arbitre sur cette route de la tentation, en espérant simplement que vous ne serez parti qu’avec une liasse de billets en poche et non pas avec votre carte bancaire… Si tel était le cas, vous êtes alors vraiment très, très mal barré… car pour reprendre les termes de quelqu’un que je connais, vous avez toutes les chances de vous retrouver pris dans un processus d’essorage lancé à la vitesse maximum… dont on risque de parler longtemps dans la chaumière (la vôtre bien évidemment...)…

Et oui, vous le voyez, que ce soit à Phuket comme à Bangkok ou au milieu de nulle part, courir n’est pas une sinécure… et même sur une petite route tranquille comme celle de Rawai beach… Estimez vous heureux encore que notre bon joggeur ne soit pas parti traîner ses baskets le long de Patong beach parce qu’en plus il aurait fallu que je le fasse slalomer entre les jet-ski qu’on décharge, sauter par-dessus les poubelles qui dégueulent sans oublier de zigzaguer en tentant d’éviter le maillage de câbles tendus sur le sable par tous les fanatiques du parachute ascensionnel… Quand je vous disais que c’était un sport complet…

 

C’est donc sur cette dramatique fin que je vais clore cette série de billets consacrés à la pratique du jogging au royaume de Siam… en espérant ne pas trop vous avoir sapé le moral…


Le sport en Thaïlande : et si le bonheur était dans la rizière…

  


 

Après le joggeur « urbi »… penchons donc nous à présent sur le cas du joggeur « orbi », qui a choisi pour débarrasser ses poumons des miasmes et des fumées de Bangkok, de faire une cure en sanatorium dans l’Est de la Thaïlande, plus précisément dans un village coincé entre rizière et … rizière…

 

Notre bon expat aurait peut être aimé faire sa « cure » ailleurs, mais que voulez-vous, vu que sa compagne était du coin, il n’a pas tellement eu le choix… et quand il s’est réveillé de la cuite à laquelle il a eu droit pour fêter son arrivée, il était bien trop tard pour revenir sur les engagements (ou les promesses d’ivrogne) pris au cours de la nuit… Et pour une cuite cela en a été une sacrée !… Qu’est ce que vous voulez, l’arrivée dans un village perdu de l’Issan d’un distributeur de billets, d’un ATM comme on dit ici, c’est comme l’installation de l’eau et de l’électricité au fin fond de l’Auvergne… Ca se fête…

Cet expatrié là, précisons qu’en général lorsqu’il en vient à se tourner vers le sport, ce n’est pas seulement à cause de la balance… C’est aussi parce qu’il commence à en avoir sa dose du gardiennage des buffles, du ravalement des façades de la plupart des maisons du quartier à prix coûtant (pour lui bien évidemment…), maisons qui appartiennent toutes à des parents de sa douce, parents naturellement confrontés à un mauvais karma et qu’il faut aider…

Lorsqu’il se décide à faire du jogging, les premiers temps notre expat est un peu la vedette dans le village, étant donné qu’on n’a jamais vu personne oser se trimballer fringué comme il l’est et partir courir sous le soleil à l’heure où en principe on se pose… Pour être clair, au départ comme à l’arrivée de son jogging, avec le public sur les côtés de la rue principale (et unique) c’est un peu l’ambiance disons… des derniers kilomètres de l’Alpe d’Huez… avec en prime les commentaires de la course assurés par un parent de sa moitié… Se sentir la vedette du jour, cela a au moins un avantage, c’est que ça aide à oublier qu’il fait chaud… et surtout là où on est venu atterrir…

Finalement, au bout d’un certain temps notre expat en arrive à se dire que courir sur une piste ou le long des rizières, en fin de compte c’est bon pour la forme car cela lui permet de décompresser, d’évacuer le stress… ainsi que tout ce qu’il picole avec les mecs du village… Tout se passerait donc très bien… jusqu’au jour où se produit une mauvaise rencontre…

La première rencontre désagréable qu’il peut faire sur une piste herbeuse, en pleine cambrousse, c’est bien sûr celle d’un bestiau de 2 mètres de long qui va brusquement se dresser sur son chemin, en l’occurrence un cobra royal… Rien que cela s’il vous plait…

La plupart du temps, même s’il en est à la fin de sa boucle de 8 kilomètres… même si les maisons du village sont en vue… même s’il en a plein les baskets… notre homme fait alors naturellement demi-tour parce que les cobras, croyez-moi, ça ne rigole pas beaucoup et c’est reparti aussi sec en sens inverse en allongeant la foulée… Ce qui est certain, c’est que ce genre de rencontre cela vaut toutes les séances de résistance concoctées par les Mickeys en fluo des salles de fitness… vu que ça fait grimper le palpitant dans les tours comme c’est pas permis… Moralité, pour notre farang qui était parti évacuer le stress…  c’est un peu manqué...

Le plus fort c’est que quand au retour, après avoir retrouvé son souffle et un visage normal, notre expat entreprend de raconter ses mésaventures en avalant pour se remettre de ses émotions, verre sur verre de ce whisky mékong auquel étrangement il trouve un goût excellent aujourd’hui, il se rend compte que tout le monde se marre comme des bossus autour de lui... Mai pen rai !

Finalement quelqu’un entreprend de lui expliquer qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter vu que la bestiole qu’il a croisé n’est probablement que la réincarnation d’un lointain cousin… Certains même, un peu en avance de quelques bières sur les autres, après avoir fait travaillé leur mémoire rajoutent que le cousin en question était même un mec vachement bien, la preuve c’est qu’il est revenu en cobra… Bon d’accord, c’est sûr c’était pas un « Dieu » sinon ce serait un éléphant que notre bon expat aurait croisé sur la piste, mais un cobra c’est déjà pas mal comme réincarnation… D’accord, il a toujours été un peu facétieux et aimé surprendre les gens « le cousin », c’est entendu… mais enfin, bon si on sait le prendre, pas de souci… Pour tout dire, si on n’en n’avait pas parlé au farang avant son jogging c’est simplement parce qu’on pensait qu’il l’aurait deviné tout seul… cela va sans dire voyons… Si notre bon expat n’avait pas encore compris le sens de ce que veut dire vivre dans une société à « fort contexte de communication », on peut à présent estimer que c’est fait maintenant…

Mais là où notre expat finit par craquer littéralement, c’est quand quelqu’un en vient à lui demander s’il n’a pas fait de mal au cobra au moins… parce que si tel était le cas, cela serait embêtant … et ça pourrait finir par mettre « le cousin » en rogne… vu qu’il était aussi un peu caractériel dans sa jeunesse…

Mais quand on court autour d’un village du profond Issan, il n’y a pas que les serpents qu’on peut rencontrer quand on est un expat joggeur… Il y a aussi les chiens… Et là, n’en déplaise aux amis des chiens, je vais être obligé de dire un peu de mal des canidés…

En règle générale, le chien thaïlandais n’est pas en soi très impressionnant… car il n’est embarrassé ni par ses muscles (tout comme l’expat retraité moyen)… ni par ni sa graisse (là, c’est moins vrai pour l’expat retraité…)... Le seul problème quand on rencontre un clebs, c’est qu’il faut le décliner… au pluriel. Et oui, tout comme les trains, un chien peut en cacher un autre… et même à vrai dire plusieurs autres, certes tous plus faméliques et déplumés les uns que les autres mais ils sont une « tétra-chiée plus quinze »… Et là, mauvaise limonade… Il y a intérêt à prendre tout cela très au sérieux… Vous vous marrez ? Et bien regardez le grand Rambo qui pourtant en connaît un bout en matière de baston dans le sud est asiatique… Et bien il n’a jamais osé se fritter avec une horde de chiens asiatiques… Comme quoi…

Serait ce l’odeur du farang, la vue de son long nez, le fluo de ses fringues, la « grâce » de sa course… difficile à dire mais une chose est certaine, alors qu’il roupillait depuis des heures, voilà notre chien galeux et famélique qui se réveille brusquement à l’approche du coureur et se met à gueuler. Tous les autres qui étaient postés le long de la route, bien évidemment se réveillent à leur tour et au fur et à mesure que notre sportif avance, d’autres chiens commencent à se profiler à chaque tournant… L’embuscade, la vraie… Pour s’en sortir plusieurs possibilités s’offrent alors à lui… Si cela doit vous arriver aussi un jour, alors notez bien  ce que je vais vous dire…

La première option c’est bien entendu celle de la négociation… mais le farang nouvellement arrivé en Issan parle rarement le thaï du nord-est… En plus, vu le nombre de clébards qui traînent sur la route, ce sont des sacs complets de barbaque ou de royal canin qu’il faudrait trimbaler dans le Camel back pour les convaincre de céder le passage… Pas la peine d’essayer le riz, le poulet ou le poisson pour les appâter, comme tout bon expat, ils en ont un peu marre de ce régime… mettez vous un peu à leur place… C’est déjà fait ?... Bon, alors je passe à l’autre option…

La seconde option, c’est celle de la dissuasion… Concentrez-vous et suivez bien mon raisonnement car c’est un peu tordu, même franchement déjanté… Mais je peux vous assurer que ça marche… Le but c’est que les chiens en arrivent à penser que vous n’êtes pas un farang venu de l’ouest mais un Vietnamien en voyage de prospection… Vous me suivez ? Si un des chiens, à votre allure, à votre façon de parler se dit « Mef, ce type là il vient d’Hanoï ou de Saïgon … il y a de la restauration collective en préparation dans l’air… » c’est gagné… car chacun sait à travers tout le sud est asiatique que les Vietnamiens sont friands de brochettes et de cuisseaux de chien. Là, l’effet est immédiat… Les cabots taillent la route dare-dare et vous pouvez continuer à courir…

Ne me demandez surtout pas comment les clebs sont au courant… ou alors c’est que vous n’avez rien, mais alors rien compris à la technique de la réincarnation… et le mieux que vous ayez alors à faire c’est de commencer par aller suivre un bon stage chez Ricard (pas Paul le concurrent du pastis 51, non l’autre Mathieu, celui qui cause riche…).

Une chose est certaine, le moins qu’on puisse dire c’est qu’avec cette histoire de karma et de réincarnation ça aide la tradition orale à se perpétuer dans le temps, la preuve avec les chiens…

Si malheureusement vous ne parlez ni le thaï, ni le vietnamien vu que vous n’avez pas fait les langues O (ou alors vous ne seriez pas à traîner là au milieu des rizières, vous seriez plutôt en train de bosser à l’IRASEC ou à l’ambassade…), si vous êtes incapable de courir sur huit kilomètres déguisé en paysan du delta du Fleuve rouge avec un chapeau pointu sur la tête, il ne vous reste plus alors que la troisième option : l’action brutale autrement dit, le passage en force grâce à la mandoline à ours…

Nanti d’un solide bâton de palabre, que vous aurez préalablement taillé avant votre mise en route dans un bois dur et noueux, et trimbalé jusque là tel un Moïse moyen pendant la traversée du désert, il ne vous restera plus qu’à vous ouvrir un chemin dans la masse canine à grand renfort de moulinets, un peu comme Roland à Roncevaux ou pour faire plus local, du roi Mengraï face aux hordes birmanes… C’est certain que ça va gueuler sur votre passage mais croyez moi, ça marche… en un mot, pas de mollesse avec les molosses… surtout qu’en plus ça permet de faire travailler les bras… Après ça il vous sera difficile de dire que le jogging n’est pas un sport complet…

Inutile de vous préciser qu’à l’arrivée ce n’est pas la peine de vous vanter de ce type d’exploits… Outre le fait qu’à l’heure d’Internet cela viendrait rapidement aux oreilles de la SPA, il est probable que cela générerait aussi des histoires de famille dans le village… Pour sûr, parmi les obstacles que vous aurez « « caressés » du plat de votre gourdin, il y aura probablement des proches de gens que vous connaissez… Certes dans leur vie antérieure ce ne devaient pas être des cadors et le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils ne se sont pas vraiment défoncés pour accumuler des mérites vu que leur karma les a fait revenir sous une enveloppe de chien… mais quand même… ce sont des parents… Faut pas charrier… Si ça se sait c’est encore un sac d’embrouilles en perspective… Donc motus et bouche cousue et l’harmonie du village sera préservée… c’est l’essentiel... Que voulez-vous, le sens de la famille c'est encore une réalité en Thaïlande !


Mais bien entendu, si le sport en milieu rural n’est pas réellement votre passion, il vous reste encore la plage de Phuket pour essayer de perdre un peu de poids…

 

 

(à suivre…)

Le sport en Thaïlande : Jogging dans les rues de Bangkok... tout ce qu'on ne vous a pas dit... (1)

  




          Puisque comme "Momo l'expat" vous avez décidé de vous mettre au jogging, sachez dès à présent que courir en Thaïlande peut très rapidement s’avérer être une aventure à rebondissements… et ceci dans tous les sens du terme, croyez moi… Suivant que vous vivez dans la jungle urbaine de Bangkok, au fondus de l’Issan dans un village tellement pommé que même les "phis" s'en sont barrés ou sur une plage dorée comme Phuket, votre jogging n’y sera pas tout à fait le même… Mais quel que soit le cadre, il y a aura pourtant toujours un point commun : votre vie va désormais connaître une série « d’emmerdes » dont vous n’avez même pas idée… C’est bien pour cela qu’il vaut mieux que nous en parlions dès à présent… Sinon vous en viendriez à me le reprocher… depuis votre piaule d'hosto ou de sanatorium...

 

Commençons si vous le voulez bien par le premier cas de figure, à savoir l’expatrié retraité vivant à Bangkok…

Pour cet expatrié là, dont la pointe d’effort physique journalière se limitait jusqu’à peu à l’ascension de l’escalier du métro aérien… et encore en faisant une halte technique à mi-parcours… chausser des chaussures de sport pour aller courir dehors représente un vrai défi... Plutôt que de parler à son égard de séance de remise en forme, il conviendrait mieux de requalifier cela en « parcours de survie en jungle urbaine »… Si vous ne me croyez pas, laissez moi vous faire part d'une indiscrétion recueillie de la bouche même d’un vendeur (désœuvré) d’équipements sportifs (bon marché) d'un grand magasin européen ouvert depuis quelques années sur Bangkok et dont les dirigeants n'ont peur de rien en ces temps de COVID  : Il se murmurerait que Bear Grylls... le mec qui dans « Man Vs Wild » a une semaine pour rejoindre seul la civilisation dans un environnement sauvage et désertique, avec pour tout équipement de la ficelle, une pierre à feu et un couteau ... aurait préféré se faire licencier par Discovery Chanel ... plutôt que de venir courir dans les rues de Bangkok… C'est vous dire si ça craint  cette ville !

On peut d’ailleurs le comprendre, car il faut dire à sa décharge que là où il va, en règle générale, il ne risque tout au plus que de se faire bouffer par un croco ou mordre par un serpent venimeux, de dévisser d’une paroi rocheuse ou de se faire courser par une tribu de sauvages du style de ceux vivant sur North Sentinel Island, désireux d’améliorer leur ordinaire… La belle affaire !… Question danger, tout cela on l’a déjà à Bangkok avec les bestiaux pas recommandables qui circulent dans les rues en période de crue de la Chao Phraya, les trous sans fond qui s’ouvrent sans crier gare dans la chaussée et les taxis qui se prennent tous pour des pilotes de Formule 1 à la recherche d'une pointe de vitesse entre deux feux rouges …

Beer Grylls, passe sans doute pour un mec « couillu » mais lui au moins à la différence de notre expat téméraire, il ne risque pas pendant son parcours sur un trottoir plus qu’incertain, de se faire ébouillanter par la bassine d’eau chaude d’une Phôuu-ying (qui en plus l’engueulera…), de glisser sur la flaque d’huile de vidange d’un garagiste de trottoir ou de terminer en figure de calandre d’un 4 x 4 de luxe qui a serré de trop près le bord de la chaussée… avant de finir dans l’anonymat d’un frigo vu qu’on lui aura tiré son « larfeuille » entre le moment de l’accident et l’arrivée des secours… Et oui, c’est la version adaptée et locale des gestes de premier secours où la finalité reste avant tout la survie du… spectateur… Comme quoi il y a quand même des réputations de héro à revoir...

A ma connaissance, à part deux illuminés qui s'amusent à traverser la ville en droite ligne, il n’y avait dans le temps qu’un mec qui passait là où Beer Grylls a rendu son baudrier et son mousqueton… C’était « Philippe le photographe », celui qui avait choisi comme terrain de jeu China Town… Mais pour accéder à ce « plateau sportif » il lui avait fallu au préalable connaître tous les garçons bouchers, tous les marchands de poisson… et un certain nombre « d’intermédiaires »… Enfin, pour être tout à fait honnête, précisons que lui il marchait… Peut être qu’il courait après avoir pris sa photo indiscrète jusqu’à un motosai qui l’attendait au coin de la rue… mais ça il ne le racontait jamais sur son blog… A vérifier… Il faudra que je m’intéresse de plus près à lui dans quelques temps…

Alors, puisque les rues de Bangkok ne sont pas très sures, où aller me direz-vous ?

Bien sûr, si vous vous sentez un potentiel de sportif de haut niveau en devenir… où si dans votre précédente vie bouddhique vous étiez dans l’enveloppe corporelle d’un hamster… vous pouvez vous rendre dans un club de remise en forme pour aller courir sur un tapis… Mais si comme moi vous n’êtes pas un fervent adepte de ces lieux où l’on passe deux heures à transpirer dans une salle décorée par un jeu de miroirs que madame Claude aurait aimés, entourés de types qui vous reluquent bizarrement en se trimbalant avec une « ficelle dans la raie » en guise de short de sport, il vous faut aller en extérieur…

Les rues de Bangkok étant suicidaires ainsi qu’on on l’a vu, la seule solution qui tienne le pavé… si j’ose dire… c’est de vous rendre dans un des quelques parcs de la ville comme Lumphini ou Chatuchak. Le cadre y est verdoyant, on y croise fréquemment de jolies jeunes femmes élancées en tenue fluo… et même quelques éphèbes (et oui, il en faut pour tous les goûts…)… C'est certain qu'il n'y a rien de mieux que la vue d'un joli minois... ou pour être plus exact la vue arrière de ce qu'on pense être un joli minois car il y a peu de chance que vous lui passiez devant... et quand je dis devant... pour vous doper... A coté de ce que votre imagination va ensuite véhiculer comme fantasmes, l'EPO c'est de l'eau distillée...

Bref à première vue l’endroit idéal pour le sport… Idéal, vite dit… Ce serait l’idéal s’il n’y avait pas tous ces varans à enjamber, ces gosses zigzagant dans tous les sens et qu’il faut éviter sans même parler du risque de télescopage avec un vélo fou, piloté par un type dont l'horizon se limite à la roue avant et qui semble à tout prix vouloir faire un strike avec en guise de quilles les piétons… Si vous n’avez jamais vu à quoi ressemble le sport de masse un dimanche soir à Lumphini ou à Chatukak… imaginez vous l’ouverture d’un grand magasin britannique un jour de soldes… Vous voilà prévenus… Bonne chance !

Un dernier point enfin… Si vous tenez vraiment à courir sur Bangkok et que vous arriviez à échapper à tout ce dont j’ai parlé, il y a un truc que vous n’éviterez pas… La silicose... avec en prime une paire de poumons dignes d’un mineur polak, qui en sortant du trou à charbon, aurait occupé ses soirées de libres à cloper avec Serge Gainsbourg…

 

De quoi allez s’installer à la campagne, pas vrai ?

 

 

(à suivre…)

Galerie de portraits : chronique d’un début de journée normale avec “Momo l’expat”...

  




A l'attention de ceux qui se demanderaient ce que peut faire de ses dix doigts tout au long d'une sainte journée sous les tropiques l'expatrié français moyen vivant en Thaïlande, ce transfuge régulièrement mis à l'index par les ayatollah de Bercy, voici quelques éléments de réponse, sachant néanmoins que toute ressemblance avec ma propre existence serait bien entendu purement fortuite...


La vie quotidienne d’un expat retraité moyen pourrait à première vue sembler au départ généralement assez banale… et très routinière. Pourtant, à y regarder de plus près, en dépit des apparences, chacune des journées de notre homme commence régulièrement par un drame… dans l’odeur du café frais qui monte dans l’air… Pour comprendre les ressorts de ce drame, rendons-nous si vous le voulez bien chez celui de mes voisins que j'ai choisi comme modèle et que nous appellerons désormais « Momo l’expat »… afin de l'observer débuter une journée qui va s’avérer fertile en émotions...

 

Parmi les premiers rituels auxquels se livre notre expatrié retraité, chaque matin au réveil, il y a une séquence incontournable : le passage sur la balance en revenant d’aller faire un tour « au fond du couloir »… D’un pas alerte, curieux de savoir comment a évolué son indice de masse corporelle depuis... hier matin... notre homme se juche sur cet « équipement de précision » (dixit le vendeur... bien que made in China, donc condamné à une espérance de vie limitée...)...  A peine est-il monté dessus que la réaction ne se fait pas attendre : une bordée de jurons remplit la maison… Cet engin diabolique, dont les résultats sont probablement faussés par l’humidité ambiante accuse encore 500 grammes de plus que la veille ! … Humidité, peut être... mais il faut quand même réagir se dit notre homme en descendant, réalisant en son for intérieur, dans un sursaut de lucidité, que l’hygrométrie ambiante n’explique peut être pas tout…

 

Et à partir de ce moment là, débute dans son esprit la valse des mesures à prendre pour perdre du poids : alléger les repas, picoler un peu moins, se lever plus tôt… la seule limite à ces contre-mesures étant comme chacun sait,  le manque d’imagination…

Malheureusement, le problème des résolutions d'un expat retraité… pas vraiment débordé par le travail… c’est qu’il y a en général peu de chances qu’elles aillent plus loin que l’apéro du midi… sauf à faire preuve d'une volonté d'acier (je préfère dire d'acier et pas de fer vu que le fer ne résiste pas trop au climat local...). En fait il y a tellement de sollicitations au sein de ce village gaulois qu’est la communauté des retraités français que notre homme est quand même excusable à bien des égards… Tenez, pas plus tard que ce matin, en se connectant sur le blog d'un copain, que voit – on ?... Une alléchante série de photos concernant les produits maison d’un traiteur alsacien qui vient d’ouvrir… Vous vous doutez bien qu'entre un bol de riz blanc (version gluante ou non gluante, suivant que votre compagne ou épouse thaïlandaise est originaire ou pas du Nord-est du pays) et une assiette de charcutaille bien de chez nous, il n’y a pas photo… 

En plus, s’asseoir sur la natte à 17 heures pour manger un brouet local accompagné d'un poisson desséché dont même un chat ne voudrait pas, c’était marrant et exotique un temps… mais comme toutes les « bonnes choses » il fallait que ça s'arrête et qu'on passe rapidement à d’autres réjouissances… Plus qu’un problème de gastronomie cela devenait au fil des jours une question de survie… sans parler du regard des copains installés dans le pays depuis beaucoup plus longtemps et qui se marraient comme des bossus en saucissonnant allègrement depuis leur terrasse… Et en plus je ne vous parle même pas des crampes dans les « guitares » à la fin des « agapes » locales parce que la position en tailleur, il faut s'appeler Bouddha pour la tenir sans problème... Il y a des jours où il lui fallait presque un palan à notre bon Momo pour l'aider à se relever...


Poursuivant ses réflexions notre homme en vient alors à entamer le second rituel de la matinée, à savoir la consultation sur son ordinateur, une cigarette (hors taxes) à la main, du cours du dollar pour voir comment a évolué la parité bath / euro… Là aussi, à nouveau… action, réaction… 
L’affichage des résultats, confirmant la tendance générale passée des dernières semaines, à savoir la baisse inexorable de son pouvoir d’achat, génère instantanément une seconde bordée de jurons qui pour le coup finit de réveiller vraiment la maisonnée…

En proie à ce que nous appellerons pudiquement une légère « contrariété » pour ne pas employer les grands mots et parler de « fracture de moral », notre homme, tirant sur les bretelles de son « marcel », jette sa première « clope » à peine entamée de la journée et traînant ses savates sur le carrelage (savates d’intérieur je précise parce quand on est bien éduqué dans ce pays on laisse ses « pompes » dehors…), commence à arpenter la maison dans tous les sens en gueulant comme un putois d’une voix de stentor qu’on doit entendre aux quatre coins du lotissement… Tout y passe… Pêle-mêle la mondialisation, la crise européenne, ces escrocs de traders qui s’enrichissent sur le dos des autres, Sarko, Hollande et leurs gouvernements d’incapables (… désolé mais comme on est dans un processus d’automatismes, il lui faudra un certain temps d’adaptation avant que le nom de Macron vienne naturellement à sa bouche…)… j’en passe et des meilleures…

Sa compagne, réveillée en sursaut, apparaît un bref instant… la « gueule enfarinée » comme on dit… au propre pour cause de poudre de riz (et oui encore et toujours le  riz...) et au figuré…  puis comprenant très vite que « le bois est en train de se mouiller », disparaît subrepticement avant qu’on ne songe à lui rappeler le rôle clé qu’elle joue (avec l'aide de sa nombreuse parenté proche, moyenne, éloignée...) dans la diminution du pouvoir d’achat de la maisonnée… Comme quoi, en Thaïlande comme partout ailleurs, on a beau être dans une société où on contrôle ses sentiments et ses réactions chacun sait que « quand la mer est mauvaise faut pas faire ch…. le marin ! ».

 

Un certain nombre de jurons plus tard, le calme revient progressivement dans la maison, au fur et à mesure que notre homme, jamais à court d’idées, commence déjà à envisager un plan B pour faire face à l’érosion de son capital, en l’occurrence « plier ses gaules » et aller s’installer au Cambodge voisin où si l’on se fie aux chroniques des magazines francophones locaux, « les cailles tomberaient encore rôties du ciel »… comme au bon vieux temps en Thaïlande…

 

Mais le fait d’avoir gueulé, c’est bien connu, ça ouvre l’appétit… alors direction le frigo… Quand je vous disais que les résolutions chez un expat français retraité ça ne va jamais très loin… Et on est encore loin, très loin de l’apéro ! … Le point positif de cette affaire c'est qu'au fur et à mesure que l'estomac se remplit, le cerveau commence à reprendre le contrôle de la bête… Et c’est là précisément que notre expat retraité, abandonnant pour un temps ses projets de migration au delà du Mékong, se remet à penser progressivement à la balance… Et si je me mettais à faire un peu de sport… se dit notre homme, au beau milieu d’une bouchée de pain recouvert de cette excellente terrine qu’on lui a envoyé de la lointaine France… mais dont ce « salaud » a soigneusement négligé de faire état à ses copains expats… Plus perso que ça ce n'est pas possible… comme quoi la solidarité nationale et gastronomique a ses limites…


Et oui, après tout, le sport ne semble pas une si mauvaise chose dans ce contexte déprimant où d’un côté on assiste à l’effondrement du cours de l’euro, et partant des économies de ce bon Momo, ce qui est générateur de stress… de l’autre on ne peut qu’observer une croissance lente mais inexorable de l’indice de masse corporelle de l’intéressé… génératrice de surpoids… bon allez, n’ayons pas peur des mots… d’un début d’obésité… Vous avez compris : stress plus obésité, notre homme n'est pas clair... car voici réunis tous les ingrédients de l’accident cardio-vasculaire… Il ne manque plus à ça que le facteur déclencheur, à savoir le besoin de… « fantaisie » de madame… pour transformer ce bon Momo en légume en « deux temps trois mouvements » ou pour être tout à fait précis en « deux temps, trois mouvements… et deux cris… »… le second cri étant bien entendu le râle de celui dont la pompe vient de claquer à vide...

En effet, la situation est grave et il y a vraiment intérêt à réagir rapidement et si l’on veut tout à la fois évacuer ce stress, faire chuter ce poids… et maintenir un ratio « Offre (de monsieur) / Demande (de madame) »… disons acceptable… Et là sur ce dernier point, c’est pas gagné, car j’ai omis de vous faire part d'un détail qui a son importance : si ce bon Momo est gourmand en matière de gastronomie, disons qu’en ce qui concerne les fréquentations féminines, il frise avec la gloutonnerie… vu l’âge de sa compagne… Vous voyez ce que je veux dire... Mais nous aurons l’occasion d’aborder ultérieurement la question de la cure de jouvence entreprise au péril de leur vie (et de leurs économies) par nombre de retraités étrangers dans ce pays… Donc concentrons nous un peu sur l'essentiel et revenons en au sport…

 

Suite à cette brutale prise de conscience, le spectre du déambulateur, voire du fauteuil à roulettes qui couinent… commençant à faire son chemin dans son esprit, ce bon Momo, quelques gouttes de sueur au front, finit par reposer délicatement sa tartine de confit d’oie et repousse son verre de rosé frais… ne pensant plus qu’à une seule chose : faire de l’exercice physique. Il faut impérativement qu’il parvienne à « se dépenser et éliminer »… J’ai bien dit « se dépenser et éliminer » et pas « boire et éliminer » comme le suggère une marque d’eau minérale bien connue… chose que Momo savait déjà faire depuis longtemps… mais pas avec de l’eau minérale, vous vous en doutiez un peu…

 

Mais quand on a moins de 85 balais, âge normal de péremption des expatriés retraités (au regard des statistiques), du moins jusqu’à l'apparition de la COVID, que reste t-il comme dérivatif raisonnable que l’on puisse pratiquer en Thaïlande ?

Le vélo ? Non merci… vu le trafic et le style de conduite locale, notre homme n’a pas vraiment envie de rejouer un remake du film « Duel » de Spielberg et de toutes façons il a passé l'âge de jouer aux coursiers new-yorkais zigzaguant entre les pick-up et les vans fous… Finir en tête de calandre d’un pick-up façon Victoire de Samothrace sur les Rolls, ce n’est pas précisément ce à quoi il aspire…

Le tennis ? Pour ça, il faudrait avoir de la coordination et du souffle… et il y a bien longtemps que Momo n’a plus ni l’une…ni l’autre…

Le golf ? Même si c'est très à la mode c’est juste bon pour passer un peu de temps à dire du mal des autres expats… en attendant de se retrouver au bar… Un cercle vicieux en somme…

La natation ? Ne me faites pas rire, vous ne trouvez pas qu'il y a déjà assez d'eau dans le Ricard pour vouloir aller en ingurgiter un peu plus dans une piscine... et je ne parle même pas des amibes…

Non, la seule bonne réponse c’est… le jogging !

Mais si se remettre à la course est une excellente chose, croyez moi, ainsi qu’on va le voir, c’est toutefois loin d’être aisé au Royaume de Siam et ceci, quelque soit l’endroit où l’on vit…


NB : pour ceux qui en douteraient encore, Momo ce n'est pas moi la preuve, je ne porte pas de "Marcel"... 

Bienvenue sur Amazing Thailand... ex Sanouk...

            Bonjour à toutes et à tous, puisque vous venez de vous prendre les pieds dans la toile et êtes venus buter sur mon nouveau blog,...